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Témoignage de Karine

Mon histoire

​Plusieurs personnes dans mon entourage sont au courant de mon cheminement de dénonciation que j’ai entamé depuis près de un an. Je veux donc partager les suites de ma démarche et briser les tabous concernant les abus sexuels.

Après près de 30 ans, j’ai décidé de porter plainte à la police concernant un abus sexuel dont j’ai été victime à l'âge de 10 ans par mon parrain.  J’ai décidé de débuter ces démarches pour prendre soin de cette petite fille que j’étais et la défendre une fois pour toute.  

Je ne suis pas là pour culpabiliser mes parents.  Ils ont fait ce qu’ils pouvaient avec les connaissances qu’ils avaient.  J’ai tout de même eu des séquelles que je traîne depuis des années.  Je tente depuis de me convaincre que ce n’était pas grave car ça c'est passé que durant une fin de semaine. 

Heureusement, je l’ai dit rapidement à ma cousine, donc on croyait que je n’aurais pas de conséquences. C’est arrivé qu’une seule fois donc on croyait  fermement que ce n’était pas si grave. Ma famille décide alors qu’aucun enfant dans la famille n’ira le visiter.  Il est un homme important dans sa ville, il ne faut pas tacher son image.  Il ne faut pas aussi tacher la réputation dans la famille.  Un pédophile dans la famille, il ne faut surtout pas en parler.

La petite fille de 10 ans a vécu et subi une relation sexuelle d’adulte avec son parrain et elle croit qu’elle brise une partie de la famille.  Elle se sent coupable.  Elle se sent moins importante que l’agresseur.  Heureusement on l’a cru.  Son estime de soi est moins détruite croit mes parents.  Ses sentiments pour l’agresseur sont diffus.  Amour, dédain, injustice, admiration.  Les émotions vécues sont la tristesse, la colère, la culpabilité, la honte, l’incompréhension.  Ces émotions ne sont pas reconnues et entendues. Elles sont donc refoulées pendant des années. Elle n’en peut plus.  Elle traîne un boulet, elle se sent à la  surface d’une rivière tentant de sortir de l’eau mais en vain.  Elle est essoufflée et coule.  Elle rencontre des spécialistes.  Depuis plusieurs années elle en voit et ça l’aide à rester à la surface de cette rivière.  Tout bonnement elle parle de son abus sexuel a l'âge de 10 ans comme  un autre obstacle assez bénin de la vie.  Elle revit à fond les fameuses émotions refoulées.  Elle ne devait pas avoir à vivre cela à l'âge de 10 ans. Un adulte est là pour protéger l’enfant, non pour la contrôler et l’utiliser.  Pour arriver à porter des gestes sexuels sur un enfant, l’adulte doit contrer différentes barrières, donc aucune excuse!!

La femme d'aujourd'hui que je suis doit maintenant protéger et défendre la petite fille de 10 ans.  Je contacte alors les policiers et ma requête est prise au sérieux.  Rapidement, tout se déroule avec écoute et professionnalisme.  C’est surprenant à quel point la police prend cela au sérieux.  Des témoins doivent être rencontrés.  Ma cousine, ma tante et mon père acceptent avec tendresse et sympathie.   Il faut des preuves pour porter des accusations. Une procureur de la couronne accepte de porter des accusations d’abus sexuel contre cet homme.  C’est du sérieux, c’est reconnu au criminel, ce n’est pas banal ce que j’ai vécu, chose que j’ai longtemps cru.

Tranquillement je prends enfin le contrôle au lieu de rester la victime.   Plusieurs personnes tels que enquêteur de la SQ, procureur de la couronne, représentante de la CAVAC se mobilisent pour moi et je suis tellement touchée car on me prend vraiment au sérieux pour la première fois.  Ma famille et amis aussi m’appuient mais les tabous de l’abus sexuel dans la famille est très présent ainsi que le manque de connaissance sur ce sujet.  L’agresseur doit se présenter à la cour le 10 août 2015 pour dire s’il plaide coupable ou non coupable.  Je suis représentée par la procureur car j’habite loin.  L’accusé n’est pas présent, mais représenté par son avocat qui demande de reporter l'audience qui aura lieu le 23 octobre 2015.  J’étais prévenue des délais judiciaires, mais je dois encore mettre en veille ma démarche de libération.  

Un choc survient, il meurt d’une crise de coeur au début septembre.  Le poids de sa mauvaise conscience et de sa possible culpabilité l'emporte. Mais pour moi  la colère m’envahie.  Moi qui décide de prendre enfin le contrôle, c’est lui qui a encore le contrôle de la situation.  Je dois donc trouver une autre façon de sentir que justice sera rendue et que ma démarche soit toujours légitime.  Je me suis tellement sentie coupable et responsable, ressenti peu de valeur personnelle, que je ne peux pas laisser tomber cette démarche.  Ma vie a été marquée.  J’ai l’impression que je n’ai  pas le droit d’aller bien, car si je vais bien se sera de donner raison que ce n’est pas grave ce que j’ai vécu.  C’est pour cela que je veux que ce soit reconnu, mes émotions validées, que l’abus sexuel ne soit plus tabou.  C’est grave un abus sexuel!!!!!  

Les victimes doivent sortir du silence lorsqu'elles se sentent prêtes.  Parler avec un thérapeute, ne plus garder en soi la honte, l'ambivalence des émotions, du dégoût de la sexualité, la perte de l’estime de soi. Le CPIVAS (Centre de prévention et d’intervention pour les victimes d’agression sexuel) m’aide énormément à me libérer.  La dénonciation n’est pas une démarche nécessaire, mais pour moi c’était important.  Je suis plus importante que lui, je n’ai rien à me reprocher, j’ai été qu’une victime.  En plus, je suis certaine que je ne suis pas sa seule victime.

Certains diront que je devrais laisser tout tomber car il est décédé et ainsi tourner la page.  Mais non. Je ne veux pas me venger sur lui. Je veux juste briser les tabous et amener les personnes victimes à sortir du silence et les amener à réfléchir sur la  possibilité à consulter puisque les conséquences sont sournoises et seul,  on ne peut pas y faire face. Je ne m’attends pas à une réponse très explosive suite à ma présente déclaration car les gens sont mal à l'aise face à ce sujet et connaissent peu les problématiques entourant l’abus sexuel.  On n’en parle pas, c’est tout.

Cet écrit est une façon pour moi de conclure  une partie de ma démarche de libération car la dénonciation et la culpabilité de l’agresseur ne sera pas proclamée puisqu’il est décédé.  De plus, j’invite tous ceux et celles qui ont été victimes d’un abus sexuel de se libérer de tous vos sentiments et émotions certainement refoulés.  Il faut briser les tabous donc je dis haut et fort:

‘’Je m’appelle Karine Motard, j’ai été victime d’un abus sexuel à l’âge de 10 ans par mon parrain. C’est criminel l’abus sexuel donc il faut en parler et dénoncer!!!!  C'est criminel car les conséquences sont très grandes, profondes, sournoises, à retardement donc il n’est jamais trop tard. L’agresseur doit aussi franchir plusieurs barrières internes et externes pour passer à l’acte, il n’y a donc AUCUNE excuse, peut importe qui est cette personne’’

Merci pour votre appui