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En guise d’admiration, je reprends les paroles de Clarisse Pinkola Estés qui, pour moi, énoncent bien l’immensité de la souffrance réprimée et vécue par les victimes d’agression sexuelle :  « Il y a des océans de larmes que les femmes n’ont jamais versées, car on les a habituées à emporter dans leur tombe les secrets de leurs parents, les secrets des hommes, les secrets de la société et leurs propres secrets »

Parler de la souffrance des victimes et de la nécessité de mettre en place des moyens pour les soutenir n’est pas chose facile. Les médias parlent plus facilement de la difficulté à réhabiliter les agresseurs que de l’importance pour une victime de dénoncer.  Il leur arrive souvent de remettre en doute les motifs poussant vers une telle action.  Cela peut prendre des années avant d’avoir repris un certain pouvoir et oser briser le silence dans lequel elles étaient emprisonnées.

On n’a pas idée de l’immense courage, la force, la persévérance, l’ingéniosité qu’ont déployés ces personnes pour continuer de fonctionner et vivre durant toutes ces années de silence et de secret.  Il apparaît plus facile de pleurer sur leur histoire que de risquer de les voir se lever et prendre la place qui leur revient dans la société.  C’est également parfois plus facile de tenter de la consoler ou de leur faire oublier, plutôt que de les voir dénoncer et avoir à les supporter comme société!

Pour nous à CPIVAS il est important d’entendre, de voir et de reconnaître la souffrance que vivent les victimes.  Les accueillir et demeurer présentes à ce qu’elles sont :  parfois des personnes blessées, tristes, en colère, parfois un petit enfant terrorisé sans défense et parfois une adulte qui s’affirme.  Notre travail se résume à ces quelques mots : « être présente à l’autre, tenter de comprendre l’autre dans son vécu émotif, permettre à l’autre de faire du sens en lien avec un vécu qui, lui n’en a pas ».  Sortir de cette expérience grandie, enrichie par l’estime de soi et plus forte par l’affirmation de soi est le résultat de la démarche entreprise par les victimes.  On ne peut pas oublier mais on peut inscrire de nouvelles expériences positives permettant un mieux-être.

Reconnaître la responsabilité des adultes dans notre société ne les rend pas tous coupable, au contraire.  Serons-nous  capable de prendre nos responsabilités collectives en acceptant d’entendre la souffrance de celles qui osent parler ?  Serons-nous capable de leurs donner des moyens pour les aider ?  Cesser d’avoir honte ne se fait pas en cachette et dans le silence.  Nous devons y croire comme société pour que la guérison soit accessible.

Encore une fois, nous serons là comme les gardiennes du phare !

Francyne Doré
Directrice